SAVEUR QUADRA
LUTTES INTESTINES
A DEUX C'EST MIEUX
SEPARATION & PSYCHE
HARO SUR LE TEMPS
LES Z'UNS LES Z'AUTRES
LE MONDE EXISTE
TUER LE RÊVE
MATOS
I HAD A DREAM
L'ESPRIT VOLATIL
|
HARO SUR LE TEMPS
Tu as réalisé pas mal de dessins depuis votre
départ. Cela te prend-il beaucoup de temps?
Non... sauf les cartes. Elles me prennent du temps. J'ai besoin
d'une table, c'est difficile à trouver... Je dessine plutôt le soir...
... ce qui me dérange dans ta question, c'est la notion du temps.
MA notion du temps a changé. Peut-être qu'au début j'aurais dit :
"Ça me prend beaucoup de temps", mais maintenant j'ai
l'impression que ça me prend moins de temps... alors que ça doit
être le même temps! Donc le temps a changé de durée.
Le fait d'écrire des articles pour Cyclocanard
et 1001 routes est-il une contrainte pesante?
Parfois, oui. C'est un travail considérable. On devrait le faire
au fur et à mesure, ce qui n'est pas le cas.
Quand on se dit : "Ouah, il est temps de faire le Cyclocanard!",
on s'arrête... Il faut qu'on trouve un endroit - comme je l'ai dit, c'est difficile de trouver une table. Il faut que
l'endroit où on va se poser soit un endroit où on se plaise, où
on puisse rester huit/dix jours.
Par exemple pour le n°5 on s'est arrêtées à Pnom Penhn une dizaine
de jours parce qu'on n'avait rien écrit avant. Donc le temps de
pondre les articles, de les relire, de les laisser un peu mûrir,
de se les repasser...
On se rend compte aussi qu’on a de moins en moins de choses
à dire. Je ne sais pas si c'est perceptible. On est de moins en
moins étonnées, on a peur de se répéter. C’est comme si nous avions
déjà traité les sujets principaux - il y a quand même beaucoup de
points communs entre les pays. Et les pays asiatiques sont peut-être
moins étonnants que d'autres pays...
Internet,
téléphone, courrier : quel est le média le plus pratique?
Internet. C'est une révolution pour les gens qui voyagent! A la
fois tu te dis : "Je vais voyager" et : "Je ne serai
plus jamais coupée du monde." Mais tu as le choix. Il y a des
moments où je n'ai pas envie d'aller consulter mes mails, ni d'avoir
le contact. Mais quand tu en as envie c'est facile, il y a des centres
Internet dans le monde entier.
Recevez-vous beaucoup d'encouragements de
la part d'inconnus?
Oui. Ça doit passer par le site 1001 routes. Même de l'étranger.
Cela vous remonte-t-il le moral?
Ouais, c'est super. Les proches ne sont pas objectifs, mais les
inconnus nous écrivent et ça c'est toujours vachement bien.
Mais même quand les proches écrivent, j'aime bien. Il y a des moments
où on reçoit beaucoup de messages. Quand on a été un long moment
sans consulter notre boîte à lettres, il y a 30/40 messages. Je
ne les gère pas bien : il y a des gens à qui je ne réponds jamais :
ça coupe certaines relations.
Je t’écris des messages souvent longs. Je
me dis bon sang, toute cette littérature qui lui arrive du bout
du monde et qui parle de choses qui sont à mille lieux de ses préoccupations,
ça doit l’ennuyer, lui sembler bien décalé.
Ne crois pas ça. On reste parfois une semaine, dix jours à un endroit mais on a très peu de relations sociales, pratiquement aucune! Je n'avais pas pensé combien ça pourrait être gênant à ce point-là. A la longue, ça me manque énormément.
Le fait que tu racontes tout ça, un peu de ton quotidien - pour
moi, c'est important. J'ai l'impression d'avoir un contact autre
qu'avec Elisabeth.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, mon anglais n'est pas très bon.
Avec les autres toubabs (les touristes), ou les gens qui voyagent,
la conversation ne va pas loin. Sur deux ans on a rencontré très
peu de personnes européennes avec qui ça a bien accroché. Je dirai
7 ou 8, c'est tout.
Vous vous situez en dehors du monde, d'une
certaine façon.
Oui. Je pense qu'il faudrait rester très longtemps dans un pays
pour s'en imprégner. On passe... ça a un côté frustrant. Nous avons
une vision très superficielle des choses.
|