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L'INTERVIEW DU 16 MAI 2002
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SAVEUR QUADRA
LUTTES INTESTINES
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LE MONDE EXISTE
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MATOS
I HAD A DREAM
L'ESPRIT VOLATIL







LUTTES INTESTINES



Tu as dû améliorer ton anglais?
Non.(rire) D'autres langues? Non.(rire)

Quel pays as-tu trouvé le plus étrange jusqu'à présent?
Le Pakistan. C'est un pays qui m'a étonnée, étonnée.

Par quels côtés?
Par les habitants. Par exemple les Balouches - les hommes parce qu'on ne voit pas les femmes - ont vraiment des GUEULES. Ils ont souvent les cheveux teints en roux. Ils sont très grands, avec des petits bonnets sur la tête, des grandes chemises, des pantalons larges. Ils se trimballent main dans la main, comme des amoureux. C'est un signe d'amitié.
Comme les femmes ne sont pas du tout présentes dans la vie extérieure, ils ont une vie sociale entre hommes. Tu les vois : il y a de la musique, il dansent entre eux, ils font tout, tout, tout entre eux. Je ne sais pas ce qu'ils font à la maison.

Quel pays t'as le plus inquiétée ou mise mal à l'aise?
L'Iran. Sans aucun doute, l'Iran. Ça a été un problème, le fait qu'on soit deux femmes seules. Il disaient :
"Où est votre leader?
- No leader!"
Par contre pour un couple homme/femme, il n'y a pas de problème! Mais attention, je ne dis pas : l'Iran est comme ça, c'est MON expérience qui est comme ça.

Qu'est-ce qui est le plus usant au quotidien? Ressentez-vous une pression, où manger, où dormir?
Au début, les premiers mois, quand on a démarré, oui. Aujourd'hui, la question ne se pose plus. Ce n'est plus une inquiétude parce qu'on a TOUJOURS trouvé une solution. Toujours. Ça peut être fatiguant, mais pas usant, ce n'est pas la même chose.

As-tu craint parfois pour votre sécurité?
Oui, deux trois fois. C'est tout, sur 2 ans de voyage. On s'est senties en insécurité quelquefois en Libye. On était isolées dans le désert et on ne savait pas où dormir. On était encore dans les peurs du début. On a rencontré des bonhommes pas très sympathiques et on a dû se défendre. On a eu de la chance, il ne nous est rien arrivé de grave (rire). Donc deux trois fois en Libye.

Et puis on a eu très peur en Iran à cause d'un accident. Ça a été un grand choc. Deux véhicules nous ont doublé en même temps : l'un normalement à gauche, et l'autre à droite. On a eu la chance de ne pas être arrêtées sur le bas-côté à ce moment-là. Cette voiture qui nous a doublé sur la droite, sur le bas- côté dans le sable, quand elle a voulu revenir sur l'asphalte, a fait un tête à queue et s'est encastrée sous le camion qui venait en face, juste à quelques mètres de nous. Voilà, on a eu peur.
Il y a eu des suites. On ne savait pas quoi faire, on est parties. La police est venue nous chercher, nous a emmenées au bureau, on a dû trouver un interprète. Ils nous ont un peu embêtées, quoi. Ça s'est bien terminé. Ils voulaient savoir notre responsabilité là-dedans.

Il y a aussi certaines zones fondamentalistes en Jordanie et au Pakistan où on s'est pris quelques pierres sur la tête.

Ce périple est-il rendu plus difficile par votre condition de femmes?
Non, je réponds non.

Atouts?
Dans les pays musulmans, on peut être des deux côtés, dans le milieu des hommes comme dans celui des femmes. Ça nous a beaucoup aidé aux frontières des pays arabes, un peu moins chez les asiatiques. Ça aide parfois à résoudre des problèmes, d'être une femme.

Handicaps?
On ne l'a pas vraiment ressenti, sauf en Iran.

Toi et Zabeth êtes-vous, par endroits, devenues des vedettes locales ou des bêtes curieuses?

Ah oui, très souvent! Tous les pays jusqu'en Asie du sud-est. Encore un peu au Népal. Après, ils sont moins curieux.
Au Pakistan, il pouvait y avoir des attroupements de 50/60 hommes autour de nous - puisqu'il n'y a pas de femmes. C'était très silencieux. Ils étaient très étonnés, surtout au Balouchistan où ils ne voient pas passer beaucoup de cyclistes, des femmes cyclistes encore moins!
Par contre au Proche-Orient et dans les pays arabes, c'est hyper chaleureux et ça se termine toujours par une invitation.

...que vous acceptez?
Pratiquement toujours, pour manger et dormir.
Pour les invitations à dormir, on s'assure toujours qu'on est dans une famille. On a appris des trucs : il y a des regards qu'il ne faut pas croiser. Tu t'aguerris au fur et à mesure.
Au début, Zabeth en Tunisie : "Youhou, youhou!" Ça n'a pas duré longtemps! Si tu fais ce faux-pas, tu as tout de suite des problèmes.

T'as-t-on fait des propositions de mariage, ou autre?
Oui, des déclarations, dans presque tous les pays arabes, jusqu'à la Turquie. On s'était surnommées "l'armée du salut" (rire).
En Jordanie notamment, on campait près de la Mer Morte, et il y avait un check-point militaire. Les gars étaient sympas, assez respectueux. On mange ensemble et puis ils veulent danser. "On n'a jamais dansé! Jamais! Comprenez-nous!" Ils exagèrent toujours un peu.
Leur rapport aux femmes est une chose terrible, terrible. Ils sont hyper frustrés. Avant le mariage, ils n'ont rien, pas de vie sexuelle.
J'accepte de danser la valse. C'était assez drôle! Après évidemment surviennent les déclarations. Ça se termine toujours en eau de boudin parce que là, ils se font insistants.

Après cette expérience, on a convenu de dire qu'on était mariées. Et tout a changé! Il y a un respect des femmes mariées, on aurait dû le faire depuis le début. Evidemment ça paraissait bizarre :
" ll est où le mari?
- Il travaille, il gagne de l'argent."
Tout est basé sur la famille. Les couples qu'on rencontrait qui n'avaient pas d'enfants disaient qu'ils avaient des enfants. Il est inconcevable de ne pas avoir d'enfants. Dès que tu dis que tu n'as pas d'enfants, ils sont très gênés, c'est un malheur, ils sont tristes. On n'en parle plus parce qu'ils pensent qu'il y a une malédiction sur ta tête.

Le relatif dénuement dans lequel vous vivez te pèse-t-il parfois?
Euhhh… j'ai besoin de moins en moins de choses. Mais oui ça arrive… j'ai envie parfois d'un endroit propre, de rentrer dans un drap propre… d'avoir un peignoir blanc! Le luxe c'est l'hygiène!

Que mangez-vous le plus souvent?
Du riz.

Buvez-vous la même eau que les autochtones?
Non. On l'a fait et on a été très malades.

...la turista?
Oui. Zabeth particulièrement. On avait bu l'eau d'une source qui était sans doute contaminée par des animaux.
Maintenant on boit de l'eau filtrée, qui se vend, que les gens boivent aussi. On ne boit plus d'eau minérale. Et l'eau du robinet, très peu, juste pour se brosser les dents. Ou alors on met des pilules.

Tu l'as eue souvent, la turista?
Non! Une grosse fois au Pakistan, j'ai été vraiment malade. Mais, pour entrer dans ce genre de détail, on a pris l'habitude... on est toujours un peu gênées, pas nettes... Je suis toujours un tout petit peu malade.
Mais je pense qu'on est bien immunisées parce que maintenant on mange de tout, on ne fait plus attention à la nourriture. Le corps s'habitue et a pris des défenses.

As-tu perdu du poids?
Oui, un peu.
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