menu 1001 routes

L'INTERVIEW 2002
(retour)

ZABETH, QUI ES-TU ?
SUR EDWIGE, TU CAFTES ?
LES AUTRES
LA MAGIE DES LIEUX
VOYAGE : INTERIEUR, EXTERIEUR
LE QUOTIDIEN




LES AUTRES

Parmi les personnes rencontrées, y en a-t-il à qui tu aurais eu envie de casser la gueule?
Eh bien oui. C'est dingue non? Y a des moments où tu en as marre de te faire arnaquer parce que t'es étranger. Marre qu'on te regarde de travers parce que t'es une femme. La fatigue aidant, t'es pas à prendre avec des pincettes, c'est sûr.

Est-ce que des types vous regardent parfois avec commisération, l'air de se dire : " Deux nanas, les pôôôvres "?
De temps en temps.

Comment réagis-tu dans ces cas-là : tu les ignores, tu leur mets leur nez dans leur caca ou tu essaies de leur en mettre plein la vue? Tu as une anecdote à ce sujet?
Je me marre de plus en plus dans mes moustaches, hi hi. "Oh les pôôôvres", c'est quand même rare. On croise beaucoup de voyageurs hommes (les plus nombreux, où sont les feeemmmmes?) très chouettes et pas machos.
Par contre au Laos, on a croisé un Harrison Ford sur son vélo, qui se plaignait du calme plat au Laos et qui préférait le Paki et patati et patata… Il s'y croyait vraiment. Après avoir compris notre route, il nous a demandé si on savait faire de la mécanique avec un petit sourire en coin. Ça énerve et du coup il n'y a pas d'échange.


Comment sont généralement perçues deux femmes sur leurs drôles de machines?
Ça dépend des pays. Quelquefois ce n'est pas sexué. On est deux cyclistes voyageurs.

Crois-tu qu'ils comprennent le sens de votre voyage?
Quelquefois pas du tout… Du genre : elles sont loin de chez elles, de leurs familles, de leur pays. C'est terrible!
D'autres fois, oui je crois. C'est une idée assez universelle, le voyage… de tous les temps aussi.


As-tu eu des contacts avec les femmes des pays que tu as traversés?
Le seul pays où nous n'avons pas eu de contact avec les femmes, c'est le Pakistan. On en voit beaucoup plus depuis l'Inde et l'Asie du sud-est.
Au début, quand on voyait une femme à vélo ou en mob, on se retournait. Dans les pays arabes, on a eu des contacts avec elles mais à l'intérieur, dans les maisons. Elles sont très chaleureuses et marrantes.


Penses-tu que certaines femmes que vous avez croisées - musulmanes, hindoues, etc.… - envient votre liberté de mouvement et votre libre-arbitre?
Oui. Certaines nous l'on montré. En Libye, elles faisaient le geste des menottes pour montrer qu'elles étaient en prison. Elles n'en revenaient pas de nous voir sur la route et nous disaient de faire attention aux hommes.
Ici, en Thaïlande, elles font souvent le geste super avec le pouce.


Sens-tu une certaine forme de respect de la part des hommes que vous rencontrez, due peut-être à la performance d'un tour du monde à vélo?
Oui, même si je pense qu'on nous prend un peu pour des folles. La performance physique épate parfois. Beaucoup ne se voient pas faire 10 Km à vélo. Alors…

Les sentiments de ces hommes sont-ils différents selon qu'ils sont musulmans, bouddhistes, hindous?
Difficile cette question, difficile de catégoriser comme ça… Mais, quand j'y pense, j'ai l'impression que les musulmans étaient peut être les plus admiratifs.
Par contre les hindous me sont apparus indifférents.

Cela te fait-il plaisir que des inconnus s'intéressent à ton périple et te suivent de près sur Internet? Ou cela t'est-il indifférent?
Ça me fait plaisir. Beaucoup de voyageurs m'ont fait rêver sur le net avant de partir. Si certains rêvent à travers le site, ça me plaît. Et pis, je le trouve beau le site. Mignon, non?

Votre liberté effraie-t-elle les hommes que vous rencontrez dans ces pays ou ce sont eux les maîtres domestiques?
Nous n'avons jamais ressenti une désapprobation du fait d'être deux femmes à vélo, libres, dans les pays musulmans, à part l'Iran, où ça dérangeait visiblement pas mal d'hommes et de femmes. Difficile de pédaler en tchador. Vélo et femme, c'est pas un mariage possible chez eux.
Dans les autres pays, une fois que l'on est à l'intérieur d'une famille, on bénéficie d'un statut mixte. Ni homme ni femme. On peut aller avec les femmes (c'est chouette) et parler aussi avec les hommes - mais à mon avis ceux-ci ne nous considèrent pas comme des femmes à part entière.


As-tu rencontré des femmes libérées?
Libres? Indépendantes financièrement? Non, pas dans ces milieux musulmans. Faut dire aussi qu'on croise beaucoup de gens simples, pas les milieux huppés de la capitale où c'est peut-être différent. Les hommes ne sont pas libres non plus.
En Thaïlande, ça m'a l'air assez libéré. Tu peux divorcer, te marier avec qui tu veux…


Quel regard poses-tu en général sur les femmes que tu as rencontrées ou croisées?
Souvent un regard de complicité. C'est beaucoup plus marqué dans les pays musulmans.
En Asie du sud-est, tu ne fais plus attention à la différence de sexe. Comme chez nous. Encore moins que chez nous.


On met souvent en avant pour les voyages le désir de rencontrer l'autre. Votre mauvaise maîtrise des langues étrangères doit vous frustrer à ce niveau. Que peux-tu m'en dire?
C'est vrai. C'est très frustrant. J'avais vraiment envie d'apprendre l'arabe. Souvent les gens ne parlent pas anglais. Mais en même temps, c'est dingue ce que l'on peut se raconter avec les mains et les yeux. Les arabes sont très proches de nous.
Ça devient beaucoup plus difficile avec les indiens. On n'a pas du tout la même référence gestuelle, pas les mêmes émotions.
L'anglais, ça va un peu mieux. Mais bon, un américain qui parle à toute vitesse, ça reste l'horreur… Il est plus facile de se comprendre avec des gens qui ne parlent pas anglais depuis leur naissance : allemands, scandinaves, espagnols…


Quelle rencontre t'a marquée depuis le départ?
Plusieurs. J'ai beaucoup de souvenirs de visages en songeant aux pays. C'est fort parce que les gens te donnent tout sans rien attendre.
Par exemple Faraj, un chef de famille qui avait étudié un an à Londres, nous a invitées au mariage de son frère. On pourrait encore y être et c'est pas du baratin. C'était en Libye. J'en reviens encore pas et je trouve ça beau et fort. Sniff!


Internet est le média le plus pratique pour communiquer d'un continent à l'autre. L'utilises-tu beaucoup? Réponds-tu aux messages d'encouragement des inconnus qui t'écrivent?
Oui, je trouve ça vraiment génial. Pour trouver des infos sur le voyage, des news, et puis papoter avec les copains. Je ne réponds pas aux messages d'encouragements parce qu'il n'y a pas grand chose à dire à part merci.
Par contre je réponds toujours aux questions sur le voyage, le vélo, les demandes d'infos.

Est-ce important pour toi de recevoir des messages, cela contribue-t-il à soutenir ton moral?
Oui, très important. C'est sympa et chaleureux. Un côté carte postale.

page précédente haut de page page suivante

Textes, photos & dessins © 1001routes.com