ZABETH, QUI ES-TU ?
Zabeth, peux-tu te définir en quelques mots?
Pas facile! Ben, j'suis assez timide et
réservée. J'aime pas trop les interviews… Mais non, c'est pas
vrai!!! Hi hi! A boire please…
Pourquoi avoir attendu 40 ans pour prendre la route?
J'ai 38 ans, pas encore 40! C'est un désir
que j'avais depuis longtemps et c'est à 35 ans que tous les ingrédients
ont été réunis. Ingrédients matériels et moraux. C'est une histoire
de maturité aussi.
Te sens-tu plus forte maintenant qu'à 20 ou 30 ans?
Oui. Je sais un peu plus ce que je veux.
Quelle a été ta plus belle peur?
Ça va être le même truc qu'Edwige. C'est
l'accident en Iran (voir interview d'Edwige). C'était affreux.
J'en ai une autre, c'est quand j'ai vu disparaître Edwige dans
une bouche d'égout à Pumpin en Thaïlande. Plus de peur que de
mal.
Qu'attends-tu d'un tel voyage?
Trouver une manière de vivre plutôt que
de faire un voyage, chercher un équilibre entre ce que j'ai envie
de faire et ce que je fais. Et prendre le temps d'y penser. C'est
un luxe.
Qu'est-ce que ça te fait de te voir en photo sur Internet, sachant
que n'importe qui dans le monde peut te voir?
Je n'y pense jamais. J'ai l'impression qu'il
n'y a que moi qui puisse me voir. Ça reste très intime.
As-tu conscience d'être ainsi "épiée" par quelques dizaines de
personnes?
Non, pas épiée. J'ai le sentiment de partager
un bout de ma route avec certaines personnes. On ne peut pas faire
part de tout sur le net et heureusement! Si je peux faire rêver
des gens, c'est bien.
As-tu l'impression d'avoir accompli autant de chemin intérieurement
que géographiquement?
Euuuuuhh… non… c'est relatif… J'ai encore
beaucoup de chemins intérieurs et géographiques à parcourir!
Si cela arrivait aujourd'hui, mourrais-tu en paix … puisque tu
as découvert le monde?
Non. Je ne suis pas encore prête pour la
mort. J'ai encore l'envie de faire plein de choses. Je n'ai pas
découvert le monde. Est ce possible d'ailleurs? Bref, la sagesse
orientale ne m'a pas encore touchée.
Peux-tu concevoir de poursuivre cette vie nomade indéfiniment?
Heuuuuu… je n'arrive pas à définir "indéfiniment".
Peut-être demain mais peut-être pas après demain.
Le plaisir finit-il toujours par prendre le pas sur les galères?
C'est pas vraiment le mot plaisir, plutôt
: bien-être. On n'a pas eu de très grosses galères. Je touche
du bambou pour que ça dure, hi hi. Quand ça ne va pas, on a toujours
tendance à l'oublier rapidement. C'est pas mal ce fonctionnement
humain.
Tu me racontes ta plus belle galère?
J'aime pas raconter ce genre de truc. Ça
donne une image fausse des choses parce qu'on ne retient que ça.
Bon… en Libye, on s'est retrouvées dans une voiture avec un type
pas vraiment honnête, genre obsédé sexuel. J'étais pas vraiment
fière.
As-tu le temps d'être émue malgré la gestion du quotidien?
Oui, oh oui! En Thaïlande c'est très facile.
La rencontre avec les gens est superbe et c'est tous les jours.
Les paysages sont magnifiques et la lumière change sans arrêt
selon l'heure de la journée. La lumière de mousson est magique
parfois.
As-tu pleuré durant ce voyage - tristesse, rage, dépit, découragement…?
Non.
Quelles différences entre la Zabeth d'avant le périple et l'actuelle?
L'actuelle se rend compte qu'elle peut réaliser
des choses qu'elle aime vraiment. Ce n'est pas un rêve, tout est
possible… Il n'y a pas de temps à perdre. Plus de temps à perdre…
Quand tu étais petite, avais-tu déjà l'esprit aventureux?
Oui. J'avais un esprit curieux. Envie d'aller
voir ce que je ne connaissais pas. J'étais plutôt physique, sportive.
Ce voyage est-il une revanche sur quelque chose ou quelqu'un,
une manière d'exorcisme?
Non pas du tout… philosophe, va!!!!
Vis-tu ce voyage davantage de manière charnelle
ou spirituelle?
C'est difficile ça! Par moment plus charnelle et d'autres plus
spirituelles. Comme dans la vie quoi! En ce moment hyper charnelle…
Hi hi.
Epuises-tu ta capacité d'émerveillement, au fur et à mesure que
le voyage progresse?
Non, pas complètement. Il y a des choses
qui m'émerveillent moins. les scènes de rues par exemple, qui
sont devenues mon quotidien.
Ce périple t'apporte-t-il l'enrichissement spirituel que tu escomptais
- entrevois-tu ton Graal?
Oui, petit à petit. Je suis encore en recherche,
c'est très lent. Atteindre mon Graal, ce serait être en accord
avec moi-même, avec mes désirs, les réaliser sans maintes hésitations.
Je n'en suis pas encore arrivée là.
As-tu toujours rêvé de partir?
Oui, toujours.
Es-tu proche de la caricature des Français en voyage à l'étranger
: râleuse, exigeante, jamais contente, réfractaire à l'anglais?
A un moment donné, oui, j'ai pris conscience
que j'étais carrément une caricature. Ça m'a fait rigoler,un peu
désorientée, un peu vexée aussi. J'essaie maintenant de
m'observer de plus loin, d'être plus ouverte.
Le centre de ton monde s'est-il déplacé durant ce voyage?
Oui. La France est de moins en moins au
centre. C'est ma culture qui évolue, même si elle reste sûrement
française, du moins européenne.
Qu'éprouves-tu quand tu mesures le chemin parcouru depuis deux
ans ?
Concernant le chemin kilométrique, c'est
le mal aux fesses qui prédomine, cette douleur légère dans
la partie fragile de mon anatomie, hi,hi!
Sinon, ces deux années qui pouvaient m'apparaître très longues
au départ, maintenant c'est plus rien.
A vingt ans on ne sait pas qu'on est mortel - à quarante, si.
Ayant cela à l'esprit, est-ce que, en fin gourmet, tu savoures
davantage cette aventure exceptionnelle?
Oui. C'est peut-être aussi pour cela que
je n'ai pas envie que ça s'arrête.
Pourquoi avoir décidé de rallonger votre périple? L'amour du voyage?
La peur de retrouver une routine désormais insupportable?
Les deux mon général! J'ai encore envie
de voir des choses et ça demande du temps. D'autre part, j'ai
des difficultés à m'imaginer revivre comme avant. J'aimerais que
ce voyage ne soit pas qu'une parenthèse même si je rentre
en France à un moment donné.
La perspective de retrouver ton poste de prof de sport t'effraie-t-elle?
Le mot est un peu fort, quoique… J'aurai
besoin d'avoir beaucoup de projets autour de ce métier pour pouvoir
revenir. Cette perspective ne me tente pas trop en ce moment.
Pourras-tu le vivre avec autant d'implication qu'avant?
Oui... Mon implication n'a jamais été totale,
donc oui… Bon,bon…
As-tu parfois une pensée pour les premiers explorateurs qui "travaillaient
sans filet", sans cette technologie qui te relie à ton monde d'origine?
Te sens-tu petite à côté d'eux? Les envies-tu?
Oui, parfois. C'étaient de vrais aventuriers,
ce qui n'est pas mon cas. Je les envie sur le papier, c'est tout.
J'aurais eu trop peur, moi.
Quel est le sentiment qui te domine depuis le départ?
Le désir de voir autre chose, toujours plus
loin. Une autre façon de vivre, de voyager.
Aurais-tu le sentiment de perdre la face si tu abandonnais ce
voyage en cours de route parce que tu n'aurais pas les ressources
morales pour continuer?
Non, je suis simplement face à moi-même.
On ne perd pas la face face à soi-même.
Es-tu capable d'analyser ce qui a changé en toi ces deux années
passées?
Je me laisse davantage guider par mes désirs.
Je peux réaliser des choses qui me plaisent, susceptibles d'évoluer
et auxquelles je suis capable de m'adapter. On dit que l'Asie
accorde une place importante à l'esprit.
As-tu l'impression de t'être forgé une âme?
Ouh la la ,il faut plus de 2 ans pour se
forger une âme, que l'on soit là ou ailleurs. En tout cas, je
suis très lente. Une fois que j'ai compris, j'ai compris. Mais
c'est pas encore ça, c'est très long.
Quel regard poses-tu sur tous ces pays et ces gens que de toutes
façons tu ne connaîtras jamais intimement?
C'est une des faiblesses du voyage : passer,
même à vélo. J'aurais envie de m'arrêter plus longtemps pour m'imprégner
des gens qui vivent là, et d'y poser un regard curieux et ouvert.
Ce regard est-il plus sombre qu'avant ton départ ou au contraire
chargé d'espoirs?
Chargé d'espoirs, davantage que je ne l'aurais
pensé avant. Je trouve qu'une majorité de gens sont ouverts et
hospitaliers… Ils sont curieux, intéressés par l'étranger. Ouverts,
oui c'est le mot.
Parlons du temps - il ne s'écoule pas à la même vitesse selon
l'endroit, ni même selon les personnes. Qu'en est-il pour toi?
C'est une notion évolutive. Deux années,
ça peut me paraître très court aujourd'hui… Dix ans aussi. Avant
je me disais : en deux ans je peux faire quoi? Maintenant je me
dis : je ferais bien cette route, il me faudrait combien de temps?
Emprunteras-tu quelque chose du mode de penser des Orientaux?
Peut-être le fait de vivre au jour le jour,
de me contenter de ce que j'ai.
Trouves-tu ta vie d'avant, en France, futile? Par quels aspects?
Oui. L'importance qu'on accorde au look
par exemple. Les effets de mode. T'es à côté de la plaque si t'as
pas le truc qu'il faut, si tu fais pas le truc qu'il faut. On
se situe tous par rapport à ça. Que ce soit celui qui s'habille
sans marque et lit le Monde, ou celui qui est en Nike et ne jure
que par le feuilleton le plus con de la télé.
As-tu l'impression d'une grande fracture avec ta vie passée?
C'est une vie différente, alors c'est sûr,
c'est une fracture. Petit à petit cette fracture s'intègre
à ta vie et ce n'est plus qu'une expérience. Cela dit,
je ne me sens pas totalement détachée de la vie en France. Je
ne crois pas en avoir envie d'ailleurs, pour l'instant.
Que changeras-tu dans ta manière d'aborder le quotidien quand
tu seras de retour?
Rester moins dans le flou : avoir des projets
précis et mettre tout en oeuvre pour les réaliser. Lire sur des
sujets particuliers, apprendre l'utilisation de certains logiciels,
m'intéresser davantage à l'information mondiale, toutes choses
que je ne peux pas faire en voyage.
En le réalisant, es-tu en train de tuer ton rêve?
Non, au contraire, c'est comme si c'était
un révélateur de mon rêve qui évolue.

SUR EDWIGE, TU CAFTES ?
Zabeth, tu connais Edwige depuis 7/8 ans. Depuis que vous êtes
parties, à quelle occasion t'a-t-elle le plus énervée?
Hi hi hi! Je ne sais même pas.
Edwige a souligné ton côté extraverti. Au début de votre périple,
il paraît que tu sollicitais volontiers les autres, que tu n'hésitais
pas à faire spontanément ami-ami, ce qui t'a, paraît-il, joué
quelques tours. C'est vrai?
Oui, c'est vrai. J'étais très contente de
partir, mais centrée exclusivement sur moi même et pas sur ce
qui m'entourait. J'ai vite appris dans les pays musulmans à ne
pas sourire à tout le monde, parfois à regarder mes chaussures.
Tu t'y habitues. Si tu ne le fais pas, tu passes pour une fille
légère. Faut apprendre à avoir de l'intuition, à repérer le type
sympa, le plus souvent protecteur. C'est comme ça. Faut faire
avec mais ça fait quand même du bien quand ça s'arrête!
Te souviens-tu de votre plus belle dispute?
Non, bien sûr…
Question délicate : dans tout couple il y a un moteur. Est-ce
toi ou Edwige?
On est du genre double cylindre. C'est pas
toujours la même le moteur.
Laquelle de vous deux a le caractère le plus conciliant?
Bon, tu la connais. C'est moi, of course!
Y a-t-il une émulation entre vous deux, un certain esprit de compétition?
Ou simplement un grand sens du partage?
Compétition et émulation : certainement
pas. Le partage assez souvent mais pas toujours. C'est pas toujours
évident.
Qu'est-ce qui est génial, dans le fait de voyager à deux?
C'est super de ne pas être seule, de partager.
De se sentir plus en sécurité en cas de galère.
Et au contraire, ce qui te contrarie, voire même se révèle carrément
pénible?
C'est pas toujours évident d'avoir envie
des mêmes trucs au même moment. C'est normal. Dans ce genre de
voyage, c'est pas facile de se séparer même pour un temps court.
Parfois t'aurais envie de faire un truc comme ça sans consulter
l'autre, d'une façon plus spontanée.
Edwige est une artiste (cf. ses dessins). N'es-tu pas frustrée
et un peu… jalouse de ce don? Possèdes-tu toi même quelque prédisposition
artistique?
Je suis jalouse de Mozart, de le Clézio,
de… hi hi. Non pas jalouse. Je trouve ça très chouette et j'aime
bien lui donner des idées, faire des critiques. En parler.
Que sais-tu faire qu'Edwige est incapable de réaliser?
La planche dans l'Océan Pacifique, en me
faisant chatouiller par des petites crevettes.
Quel est le plus grand défaut d'Edwige? Sa plus belle qualité?
Elle est très individualiste. Très honnête
et droite.
Et pour toi?
Je ne sais pas. Faut demander à Edwige,
à Christine et Betty.

LES AUTRES
Parmi les personnes rencontrées, y en a-t-il à qui tu aurais
eu envie de casser la gueule?
Eh bien oui. C'est dingue non? Y a des moments
où tu en as marre de te faire arnaquer parce que t'es étranger.
Marre qu'on te regarde de travers parce que t'es une femme. La
fatigue aidant, t'es pas à prendre avec des pincettes, c'est sûr.
Est-ce que des types vous regardent parfois avec commisération,
l'air de se dire : " Deux nanas, les pôôôvres "?
De temps en temps.
Comment réagis-tu dans ces cas-là : tu les ignores, tu leur mets
leur nez dans leur caca ou tu essaies de leur en mettre plein
la vue? Tu as une anecdote à ce sujet?
Je
me marre de plus en plus dans mes moustaches, hi hi. "Oh les pôôôvres",
c'est quand même rare. On croise beaucoup de voyageurs hommes
(les plus nombreux, où sont les feeemmmmes?) très chouettes et
pas machos.
Par contre au Laos, on a croisé un Harrison Ford sur son vélo,
qui se plaignait du calme plat au Laos et qui préférait le Paki
et patati et patata… Il s'y croyait vraiment. Après avoir compris
notre route, il nous a demandé si on savait faire de la mécanique
avec un petit sourire en coin. Ça énerve et du coup il n'y a pas
d'échange.
Comment sont généralement perçues deux femmes sur leurs drôles
de machines?
Ça dépend des pays. Quelquefois ce n'est
pas sexué. On est deux cyclistes voyageurs.
Crois-tu qu'ils comprennent le sens de votre voyage?
Quelquefois pas du tout… Du genre : elles
sont loin de chez elles, de leurs familles, de leur pays. C'est
terrible!
D'autres fois, oui je crois. C'est une idée assez universelle,
le voyage… de tous les temps aussi.
As-tu eu des contacts avec les femmes des pays que tu as traversés?
Le seul pays où nous n'avons pas eu de contact
avec les femmes, c'est le Pakistan. On en voit beaucoup plus depuis
l'Inde et l'Asie du sud-est.
Au début, quand on voyait une femme à vélo ou en mob, on
se retournait. Dans les pays arabes, on a eu des contacts avec
elles mais à l'intérieur, dans les maisons. Elles sont très chaleureuses
et marrantes.
Penses-tu que certaines femmes que vous avez croisées - musulmanes,
hindoues, etc.… - envient votre liberté de mouvement et votre
libre-arbitre?
Oui. Certaines nous l'on montré. En Libye,
elles faisaient le geste des menottes pour montrer qu'elles étaient
en prison. Elles n'en revenaient pas de nous voir sur la route
et nous disaient de faire attention aux hommes.
Ici, en Thaïlande, elles font souvent le geste super avec
le pouce.
Sens-tu une certaine forme de respect de la part des hommes que
vous rencontrez, due peut-être à la performance d'un tour du monde
à vélo?
Oui, même si je pense qu'on nous prend un
peu pour des folles. La performance physique épate parfois. Beaucoup
ne se voient pas faire 10 Km à vélo. Alors…
Les sentiments de ces hommes sont-ils différents selon qu'ils
sont musulmans, bouddhistes, hindous?
Difficile cette question, difficile de catégoriser
comme ça… Mais, quand j'y pense, j'ai l'impression que les musulmans
étaient peut être les plus admiratifs.
Par contre les hindous me sont apparus indifférents.
Cela te fait-il plaisir que des inconnus s'intéressent à ton périple
et te suivent de près sur Internet? Ou cela t'est-il indifférent?
Ça me fait plaisir. Beaucoup de voyageurs
m'ont fait rêver sur le net avant de partir. Si certains rêvent
à travers le site, ça me plaît. Et pis, je le trouve beau le site.
Mignon, non?
Votre liberté effraie-t-elle les hommes que vous rencontrez dans
ces pays ou ce sont eux les maîtres domestiques?
Nous n'avons jamais ressenti une désapprobation
du fait d'être deux femmes à vélo, libres, dans les pays musulmans,
à part l'Iran, où ça dérangeait visiblement pas mal d'hommes
et de femmes. Difficile de pédaler en tchador. Vélo et femme,
c'est pas un mariage possible chez eux.
Dans les autres pays, une fois que l'on est à l'intérieur d'une
famille, on bénéficie d'un statut mixte. Ni homme ni femme. On
peut aller avec les femmes (c'est chouette) et parler aussi avec
les hommes - mais à mon avis ceux-ci ne nous considèrent pas comme
des femmes à part entière.
As-tu rencontré des femmes libérées?
Libres? Indépendantes financièrement? Non,
pas dans ces milieux musulmans. Faut dire aussi qu'on croise beaucoup
de gens simples, pas les milieux huppés de la capitale où c'est
peut-être différent. Les hommes ne sont pas libres non plus.
En Thaïlande, ça m'a l'air assez libéré. Tu peux divorcer, te
marier avec qui tu veux…
Quel regard poses-tu en général sur les femmes que tu as rencontrées
ou croisées?
Souvent un regard de complicité. C'est beaucoup
plus marqué dans les pays musulmans.
En Asie du sud-est, tu ne fais plus attention à la différence
de sexe. Comme chez nous. Encore moins que chez nous.
On met souvent en avant pour les voyages le désir de rencontrer
l'autre. Votre mauvaise maîtrise des langues étrangères doit vous
frustrer à ce niveau. Que peux-tu m'en dire?
C'est vrai. C'est très frustrant. J'avais
vraiment envie d'apprendre l'arabe. Souvent les gens ne parlent
pas anglais. Mais en même temps, c'est dingue ce que l'on peut
se raconter avec les mains et les yeux. Les arabes sont très proches
de nous.
Ça devient beaucoup plus difficile avec les indiens. On n'a pas
du tout la même référence gestuelle, pas les mêmes émotions.
L'anglais, ça va un peu mieux. Mais bon, un américain qui parle
à toute vitesse, ça reste l'horreur… Il est plus facile de se
comprendre avec des gens qui ne parlent pas anglais depuis leur
naissance : allemands, scandinaves, espagnols…
Quelle rencontre t'a marquée depuis le départ?
Plusieurs. J'ai beaucoup de souvenirs de
visages en songeant aux pays. C'est fort parce que les gens te
donnent tout sans rien attendre.
Par exemple Faraj, un chef de famille qui avait étudié un an à
Londres, nous a invitées au mariage de son frère. On pourrait
encore y être et c'est pas du baratin. C'était en Libye. J'en
reviens encore pas et je trouve ça beau et fort. Sniff!
Internet est le média le plus pratique pour communiquer d'un continent
à l'autre. L'utilises-tu beaucoup? Réponds-tu aux messages d'encouragement
des inconnus qui t'écrivent?
Oui, je trouve ça vraiment génial. Pour
trouver des infos sur le voyage, des news, et puis papoter avec
les copains. Je ne réponds pas aux messages d'encouragements parce
qu'il n'y a pas grand chose à dire à part merci.
Par contre je réponds toujours aux questions sur le voyage, le
vélo, les demandes d'infos.
Est-ce important pour toi de recevoir des messages, cela contribue-t-il
à soutenir ton moral?
Oui, très important. C'est sympa et chaleureux.
Un côté carte postale.

LA MAGIE DES LIEUX
T'installerais-tu dans un des pays où tu t'es rendue? Si oui,
lequel?
J'ai pas envie de m'installer quelque part,
l'itinérance me plaît bien même si ça a été agréable de
s'arrêter longuement en Thaïlande.
Plusieurs des pays que tu as traversés entretiennent des relations
troubles avec les Droits de l'Homme. Trouves-tu à présent que
la France est un pays de libertés? Par quels aspects?
C'est bien vrai ça. Ben, c'est sûr, on est
pas mal libre. Tu peux critiquer ton régime, voter (hmmm…), choisir
un mode de vie pas spécialement suivi par la majorité, voyager
(t'as l'argent et les visas). L'indépendance financière pour les
femmes par exemple. C'est franchement bien!
As-tu conscience, quand tu contemples des merveilles, que ce sont
précisément des merveilles?
Hooo oui… Alors là j'en ai conscience. Des
exemples?
Dubar Square à Katmandou, c'était un effet choc tous les matins.
C'était génial!
La merveille des merveilles c'est la place des mosquées bleues
à Ispahan. Tu restes scotché. C'est parfait, de finesse, de couleurs…Allah
existe, tu te dis. Hi hi…
La montagne aussi… le Nanga Parbat sur la Karakorum. Les glaciers
si hauts dans le ciel bleu. Je m'arrête là... Y en a tellement!
Moi, je suis frustré qu'Edwige n'ait parlé ni des pyramides ni
d'Alexandrie. Sur une photo, on te voit rouler au pied des pyramides:
ça doit être enivrant, non?
C'est beau et c'est dingue de penser que
c'est si vieux! Y 'a pas mal de types qui ont eu la folie des
grandeurs et c'est émouvant de se trouver au même endroit et d'admirer
ça.
Je ne suis pas une historienne, mais j'ai des instants de prise
de conscience du temps et de l'espace qui m'émeuvent et me donnent
le vertige. Ça me trouble totalement. Je me sens toute petite
petite.
A Alexandrie, as-tu senti la présence du Phare?
Tu m'étonnes. Question piège, hein? Sacré
CloClo!
Alexandrie, c'est la première ville de charme que nous avons croisée
: architecture coloniale avec un côté vieillot, rétro. Le tramway
jaune dans les ruelles, les marchés colorés. C'était un premier
coup de cœur.
Quelle conscience ont les Egyptiens d'eux-mêmes? Font-ils sentir
qu'ils ont été un grand peuple? Eprouvent-ils de la rancœur de
ne plus l'être?
Comment répondre à leur place? Ils paraissent
très fiers de leur histoire et on les comprend. En même temps,
heureusement qu'ils ont ça et le Nil. L'Egypte, c'est beaucoup
de désert et c'est très pauvre.
Lorsque vous avez approché la Mésopotamie, as-tu ressenti le fait
que cette région est le berceau de notre civilisation?
Eh bien oui, malgré mon côté "pas historienne".
Il est difficile de ne pas le ressentir, ne serait-ce qu'à cause
de la politique.
Ils se disputent le gâteau entre juifs, chrétiens et musulmans
et faudrait le faire exprès pour pas le remarquer. T'es pas loin
de Jérusalem, de l'Euphrate, du mont Sinaï…. Ça nous rappelle
quelque chose - même la tronche des gens! C'est clair, c'est là
que ça s'est passé.
J'ai ressenti l'émotion d'être sur les lieux de la Bible. Mais
j'ai envie de hurler quand je les vois se déchirer. Qui a raison
: Musulmans? Chrétiens? Juifs? On s'en fout, non? Ils en sont
là. C'est grave.
Les religions et les politiques ont abouti à tant de haine et
d'intolérance. C'est terrible.
Parfois, ne te dis-tu pas que tu ne connais pas si bien la France
que ça et qu'avant d'aller aussi loin tu aurais mieux fait de
la parcourir?
J'espère encore avoir le temps de la parcourir.
J'ai pleins de projets en France.
Quel pays as-tu adoré? Pourquoi?
La Syrie. C'est beau, varié (désert, mer,
vallons, Palmyre). Les gens sont formidables. Ils sont gentils
et pour moi ce mot n'a pas la signification de "bien gentil".
Ils sont ouverts, accueillants, curieux, tolérants. C'est exceptionnel.
Quel pays as-tu détesté ou t'as mise mal à l'aise?
L'Iran. J'ai eu l'impression d'un manque
de spontanéité chez les gens. Ils sont hyper fliqués. Si on est
sympa avec toi c'est pour te dire que la révolution, c'était pas
si mal et qu'il n'y a pas que des terroristes. On s'en doutait.
Un peu propagande, tout ça. Les dissidents ont peur de te parler
et s'ils le font, ils sont très courageux. L'oeil des trois K
est partout.
Mais l'architecture est la plus magnifique que j'ai jamais vue.
La place d'Ispahan est incroyable de finesse, de justesse.
Quand tu passes d'un pays à l'autre, te dis-tu : " Un de plus!
" avec entrain ou une certaine lassitude s'est-elle installée?
Pas de lassitude. J'ai toujours envie d'aller
dans le pays d'après.
Qu'est-ce que ça te fait de côtoyer la misère du monde? Réussis-tu
à t'y habituer?
Comment s'y habituer? Non. Mais je n'ai pas la même vision qu'avant.
En voyage court, le simple fait de rencontrer des gens qui n'avaient
pas notre standing de vie, le confort, les jouets, la voiture…
je me disais : "oh, c'est terrible".
Maintenant, j'ai vu que certaines de ces personnes ne sont pas
misérables, peuvent manger, avoir une éducation.
Mais dans d'autres cas, oui, ça me révolte. Tu ne peux pas t'habituer
à un certain type de misère. Ne pas avoir le minimum reste carrément
insupportable. Des gamins qui ont faim, qui n'ont rien, ça fait
chier. Merde!

VOYAGE : INTERIEUR, EXTERIEUR
Comment qualifierais-tu ce voyage : initiatique, jubilatoire,
éprouvant…etc.…?
Initiatique. Un peu comme la vie en fait…
On est là pour apprendre des choses.
Au bout de ces deux années, ressens-tu une certaine usure?
Non, pas vraiment. Mais je crois que ça
a été tout de même une bonne chose de se reposer ici en Thaïlande.
On en avait besoin pour souffler, parler, rencontrer des amis.
Es-tu mentalement plus forte? Ça se traduit comment?
Alors ça, je sais pas…
Est-ce la part d'orgueil qui est en toi qui t'incite à poursuivre
ce voyage, à ne pas abandonner? Ou bien te laisses-tu porter avec
indolence par la machine que vous avez lancée il y a deux ans?
Pas l'orgueil : je m'en fous. Pas l'indolence
non plus. Je peux continuer le voyage, on en a parlé. J'en ai
envie, c'est tout! La Chine… ça va être fou. Ça m'excite complètement.
Sur les photos, tu dégages une impression de puissance à vélo.
Tu pédales en force ou en souplesse?
Pas du tout. Je pédale en paresse! L'économie
: telle est ma devise pour durer longtemps.
Penses-tu que tu aurais accompli ce périple si tu avais eu la
vie "normale" : mariée et entourée d'une marmaille, avec les traites
de la maison chaque mois?
Normale, mmmmmm… soit. Aucune idée, c'est
difficile de s'imaginer… Peut-être vivre une aventure comme celle
la pendant quelques années : ça doit être super aussi en famille.
C'est sûr, à partir d'un moment il faut se poser la question de
donner le choix à son enfant. L'école est obligatoire à 6 ans.
C'est important qu'il ait des copains, une vie sociale. Mais pendant
un an ou deux, ça doit être pas mal. Beaucoup le font.
Une fois rentrée, ce voyage te donnera-t-il quelque chose de plus
- voire une certaine "supériorité" sur les autres? A quel point
de vue?
Supériorité? Sûrement pas. Non. Quelque
chose de plus, peut-être! Peut-être du recul sur notre façon de
vivre en Europe.
De quel œil vois-tu les hordes de touristes qui descendent des
bus pour digérer des voyages pré mâchés?
C'est pas réellement un voyage, c'est des
vacances. Pourquoi pas? Ils ont peu de temps, envie de se laisser
guider, d'autres préoccupations.
Tu peux respecter la population locale dans ce genre de voyage.
Chacun ses envies. C'est différent, c'est tout.
Mais y' a un truc qui me dérange pas mal chez certains touristes
à l'étranger : c'est de ne pas tenir compte de la culture locale.
Ceux qui balancent des stylos et des jouets aux gamins m'énervent
particulièrement. Ils les transforment en mendiants sans s'en
rendre compte. Ils les regardent avec les lunettes de leur propre
culture. C'est pas parce qu'un gamin n'a pas la Game boy qu'il
est malheureux! Ça m'énerve!
Ceux qui balancent aussi leur argent sous prétexte que c'est pas
cher. Le prix, c'est le prix. En donnant trop, tu ne respectes
pas le pays. T'imagines un américain donner 50 FF (nota : Zabeth
est partie avant l'Euro) pour un café et laisser la monnaie? Il
te prend pour qui?
Une dernière chose : y'a ceux qui s'éclatent dans les pays pauvres
parce que c'est pas cher. Tu peux rouler en grosse moto, avec
une fille à l'arrière, un pétard à la bouche, après avoir fait
du tir au magnum à Phnom Penh. Ça me choque dans ce pays.
Ce voyage te fait-il apprécier davantage la France?
Je ne sais pas. Il m'arrive de rêver au
Camenbeeeeert!
La mendicité, présente dans beaucoup de pays, te gêne-t-elle?
Oui, comme en France. Ça prouve qu'il y
a un problème.
A part dans certain pays, en Inde ou en Asie du sud-est pour les
moines. Là, c'est autre chose. Une certaine forme de misère me
gêne plus que la mendicité.
Aurais-tu accompli ce voyage seule?
Peut-être pas le même. Les pays musulmans
seule, ça doit être plus difficile. A deux on se sent plus fortes.
On se fait une idée toute personnelle du voyage avant de partir.
Le mythe s'est-il écorné chez toi après confrontation avec la
réalité?
Non. C'est pas mal de vivre dans son rêve.
Il évolue au fur et à mesure.
Qu'est-ce qui est moins bien?
Je m'imaginais avoir des contacts moins
superficiels avec les gens. Ça se résume à des sensations. Tu
vas pas très loin à cause de la langue.
Qu'est-ce qui est mieux?
C'est en live!
As-tu déjà parlé de vos motivations respectives avec d'autres
voyageurs?
Oui. Je crois qu'on est tous à la recherche
de nous-mêmes dans cette vie de voyage, même si ça ne se formule
pas comme ça. Nous cherchons certaines valeurs que nous imaginons
plus authentiques. Et puis la curiosité : c'est comment là-bas?
Il y a aussi la superficialité de la vie en Europe : métro, boulot,
télé, argent, consommation.
Pédaler, pédaler : qu'est-ce qui te pousse à pédaler dans l'Himalaya,
quand la route s'élève sans fin ou au Laos lors d'étapes interminables?
La fierté? L'émulation avec Edwige? L'amour du sport?
Non. Le désir d'aller plus loin, de faire
la route. D'avancer, quoi. C'est un moyen de locomotion comme
un autre mais plus lent et silencieux. Parfois fatiguant, alors
tu pestes ou tu rêves à autre chose.
Quels sont les avantages et les inconvénients de ta condition
de femme?
L'avantage c'est que les gens sont moins
suspicieux envers les femmes. Ça facilite les rapports.
Les inconvénients, c'est toujours la même chose : faut parfois
penser au taré sexuel.
Cela dit, au Pakistan, nous avons rencontré quelques voyageurs
hommes qui se sont fait brancher par des hommes. Ils étaient outrés,
dérangés! Ça m'a fait rigoler! Pour nous, faut y penser souvent!
Pourquoi avoir choisi le vélo plutôt que la voiture ou le train?
Est-ce un choix économique ou philosophique?
Philo… Ça te permet de te sentir libre.
Tu avances avec ta propre force. Tu n'es pas trop en décalage
avec les gens du coin. Moins qu'en BMW ou Land-Rover, bien que
nos vélos paraissent parfois bien luxueux.
Mais parfois je rêve d'un moteur! Pourquoi pas un scooter? Ça
me turlupine quelquefois. Mais pas une grosse moto, tu t'éloignes
trop des gens.
As-tu des projets d'avenir liés à ce voyage?
Je pense parfois à un commerce entre l'Asie
et l'Europe. A suivre…
Beaucoup de voyageurs se fendent d'un bouquin à leur retour. Feras-tu
(ferez-vous) de même?
En quoi se démarquera-t-il des autres?
Edwige, oui, je pense. J'aimerais l'aider, la conseiller. Mais
ce sera pas mon truc. Je m'intéresserai peut-être à un diaporama
numérique. Tu me donneras des conseils? L'ordi et moi, on se connaît
à peine mais ça me plairait bien d'apprendre.
Aimes-tu écrire? Est-ce que le fait d'être tenue (au moins moralement)
de t'arrêter pour pondre des textes pour le journal et 1001 routes
constitue un pensum?
Non pas du tout. Je trouve ça plutôt marrant.
Quel est le changement le plus significatif dans ta perception
du monde?
J'ai l'impression que je vois le monde d'une
façon plus globale. Pas seulement le côté français ou européen.
Quel point de vue tu prends pour considérer l'éventuelle guerre
contre l'Irak? C'est dingue, non?
As-tu l'impression de contribuer à transformer " infinitésimalement
" le monde en y laissant ta trace besogneuse?
Absolument pas.
Quel a été le moment le plus fort de ce voyage, celui qui restera
à jamais dans ta mémoire?
Y a pas vraiment un moment plus fort que
les autres. C'est sûr, au delà des super routes comme la KKH,
le Ladakh, je crois que c'est vraiment la rencontre avec ces familles
ou ces types arabes et kurdes qui m'a le plus bouleversée.
Si on te propose un job à l'étranger, tu le prends?
Ça dépend du job et de l'endroit.
Ce voyage est-il plus dur ou moins dur que tu l'imaginais?
Il y a des trucs que je ne m'étais pas imaginé,
comme le manque de relation parfois. J'avais bien imaginé par
moment les cafards et la saleté : c'est quand même pas la joie
quand ça arrive, hi hi.
T'as beau t'imaginer que c'est beau, quand tu y es et que t'y
arrives, c'est hyper BEAU et chouette d'être là.
Te souviens-tu de ton état d'esprit au moment du départ?
Oui. Complètement stressée, sans beaucoup
de recul sur les choses. Fallait penser à plein de choses matérielles.
Quitter tout et s'organiser.
Bouvier dit : "Le plus dur, c'est de partir." C'est vrai. A Tunis,
on a dormi une semaine… crevées!
Quel est ton état d'esprit actuel?
Une petite ballade en Chine, ça me motive
beaucoup… et comme d'habitude ça me fait un peu peur (mais j'aime
bien). Après, on verra bien.

LE QUOTIDIEN
Qu'est-ce qui domine le plus souvent : la recherche du gîte et de la
bouffe ou l'émotion?
Savoir où tu vas dormir et ce que tu peux trouver
à manger, c'est en général très facile. A partir de là, tu peux te laisser
aller à l'émotion…
Comment vous répartissez-vous les rôles : recherche de la bouffe, bivouacs,
gestion des rencontres, etc.?
On ne se répartit pas vraiment les rôles. Je vais
peut-être davantage vers les gens pour demander la route ou une adresse,
Ed regarde les cartes, les plans. C'est
mon côté paresseux.
Tu as écrit un article mémorable sur les toilettes, dans le Cyclocanard.
Est-ce qu'on peut s'habituer à ce genre de chose?
Un peu quand même… Mais je rêve régulièrement
d'une super salle de bain, blanche, carrelée.
Enfin, paraît que les toilettes en Chine battent le record du monde
de saleté, haut la main devant l'Inde. Elles sont publiques en plus.
T'es pas seule, t'as une voisine. A voir et à sentir. Voilà le genre
de discussion entre voyageurs. Hi hi.
Est-ce important qu'il y ait un cordon ombilical (Internet, courrier,
téléphone, avion) qui te relie à tes proches et à ton chez-toi, à tes
proches?
J'aime beaucoup. C'est très doux.
Vous arrive-t-il de passer des journées "mornes"?
Oui, bien sûr : route banale, étape quelconque…
Décris-moi ton vélo : marque, équipement, comportement, vécu, etc…
C'est un VTT noir de gamme moyenne… Très simple
mais trrrès costaud. Je ne parlerai pas technique, c'est ennuyeux pour
beaucoup. Je l'ai depuis plusieurs années. La première fois, nous sommes
parties au Maroc.
Entretiens-tu des relations affectives avec ton vélo ou le considères-tu
comme une machine sans âme? Pourras-tu t'en débarrasser sans que cela
te brise le cœur ou le garderas-tu toute ta vie?
Il a même un nom : Scotti ou Scottinou. Carrément
ridiculous, isnt'it? Eh oui, je l'aime mon vélo. Comme un vieux jean's.
Je ne l'échangerai pas contre 15 barils de VTT!
As-tu un objet fétiche, qui ne te quitte jamais? Un doudou?
Oui, des yeux de Sainte Lucie (des coquillages)
que j'ai répartis un peu partout… et un petit morceau bleu de la mosquée
de Tabriz, trouvé par terre.
Un livre de chevet?
Non, c'est trop lourd.
Parles-tu anglais?
Yes yes… a little bit. Ça va mieux mais l'américain
qui parle à toute allure comme Donald, ça reste l'horreur.
Feras-tu l'effort de l'apprendre pour ton prochain voyage?
Je le dis à chaque fois.
T'es-tu sentie menacée physiquement à certains moments?
Non, jamais.
Peux-tu me raconter une journée-type de Globe-Tortue, avec ce que cela
suppose de galères, mais aussi de joies?
Y'a pas vraiment de journée type. En fait ça dépend
du pays.
En Thaïlande par exemple, c'est très facile. On se lève vers 6h30, on
se fait un Nescafé dans la chambre en rangeant et puis on cherche un
endroit pour déjeuner. En général du riz. Et c'est parti. On roule tranquille
en s'arrêtant souvent pour papoter avec les gens, pour boire un coup
ou manger. Le soir, le plus souvent on arrive dans un hôtel ou en bord
de mer.
En Thaïlande, y'a plus de touristes qu'ailleurs. Ça nous permet de bavarder.
Enfin, j'aime bien. Dans le sud, y'a beaucoup de cocoteraies… et des
belles lumières après la pluie.
Il faut un caractère trempé pour entreprendre ce type de voyage. A quelles
occasions le fais-tu sentir?
En fait, j'ai eu l'impression d'avoir à me battre
sur tout le trajet jusqu'en Asie du sud-est, dans les pays musulmans.
Là, fallait faire souvent comprendre qu'on n'avait pas envie de se faire
arnaquer, que "ça ira, on peut réparer notre vélo sans aide…" Etc…
Depuis, c'est plus relax. En contrepartie, les gens sont moins chaleureux.
Vous vivez chichement. Qu'est-ce qui te manque le plus au niveau matériel?
Des livres. Pas toujours facile d'en trouver des
sympas. Et puis c'est lourd.
J'aime pas la saleté mais ici en Thaïlande, ça va bien. Le confort simple
me suffit. Bon, quelquefois fois je rêve de draps blancs et d'une salle
de bain hyper spacieuse et propre!
Comment te remontes-tu le moral quand tu as un coup de blues?
Je me dis que dans quelques jours ça ira mieux.
On est toujours sur la route vers quelque chose qui fait rêver.
Quel est ton luxe suprême depuis deux ans?
Le lait Nivéa après la douche.
Finalement, le jeu en vaut-il la chandelle?
A ton avis?
Zabeth, merci de ta patience…