
Les billets de la Zabette (mai
2004)
C'est des vrais billets, c'est la vraie Muraille de Chine dessinée dessus, c'est ICI

La Géante au gros nez et les Alsaciennes dans le Lougou, c'est
fou ! (5 avril 2004)
Depuis Lijiang , j'ai donc pédalé jusqu'au lac Lugu.
Les paysages superbes et changeants, les petits cols de 10 kms qui
se succèdent, les descentes de 50 kms (ça c'est
géant !) m'arrachaient chaque jour des "Ouaaah !!!! OOOh !!!
C'est fou ça !!!! Youou !!!"
Des gens extras et beaux m'ont invitée à manger et dormir,
avec beaucoup de bonté.
Il y a pas mal de minorités. J'ai vu marcher sur la route des "Yi".
Ils ressemblent un peu à des Alsaciennes : par moments
je me croyais au siècle dernier dans la banlieue de Colmar. Je
les ai encore plus surpris qu'ils ne m'ont surprise. Je me suis arrêtée
pour qu'eux aussi puissent eux m'observer. J'ai attiré quelques
foules. Chaque cm² de mon corps a été épié,
soupesé. Ils m'ont tâté les cuisses, les mollets,
touché les cheveux.
J'ai fait peur à une ado en haut d'un col !!! C'est terrible
quand ça t'arrive. Je souris pourtant, je me baisse, j'enlève
lunettes et visière. Quand je commence à parler, c'est pire.
Pourquoi est-ce que je ne parle pas chinois ? Je me regarde dans
le rétro. C'est pas pire qu'avant pourtant, je ressemble toujours
à une géante avec un gros nez et des cheveux jaunes !
Au sommet d'un col (la chaussée est
en pavés, cela dit en passant) IL EST LÀ. Le Lac Lugu, dont
tout le monde me parle depuis quelques jours en l'appelant le "Lougou
fou". [carte]
Ouaaaaah , c'est beau. J'y suis restée scotchée 8 jours,
à pédaler autour, me balader, m'extasier des changements
de lumières, de couleurs. Ça ne ressemble à rien
de ce que je connais. Disons : un peu du Golfe de Porto en Corse,
un côté Marais Poitevin, un bout de la Bretagne et peut être
aussi de Tahiti comme je l'imagine. C'est fou ce Lougou fou.
Et puis... la légende : le Royaume des Femmes. Il n'y a pas
de mariage : les amoureux rendent visite à leurs amoureuses
le soir et retournent travailler chez maman ou chez la soeur le matin.
Marrant non ? Il n'y a pas de notion de couple. J'habitais dans un
genre de "ferme auberge", dans une famille et j'ai essayé de comprendre
qui pouvait être un amoureux et non pas un frère ou un fils.
Haha... Pas facile. Beaucoup de ces gens ne savent pas lire mais les enfants
apprennent maintenant.
Mmmmmmmm (soupir). J'ai adoré le Lougou fou !
Noooon,
ça recommence ! (28 décembre 2003)
Je suis à Vientiane spécialement pour le visa chinois.
C'est l'unique endroit avec Hong-Kong où s'en faire délivrer
un. Il me faut obtenir 3 mois. On l'avait eu sans problème il y
a 1 an.
Ce matin, à l'ambassade de Chine, ça a donné ceci
:
- Non, je vous donne 2 mois. 3 mois c'est impossible. C'est contre la
loi.
- Please, PLEASE...
- Non, impossible. Suivant !
Et elle se marre derrière la vitre. Welcome in China.
- S'il vous plaît. J'adore votre pays ! L'année passée
je n'ai pas eu le temps de tout voir. La grande muraille par exemple !
C'est un rêve d'enfant vous savez. Votre pays est si grand.
- Hi hi !
- C'est pas comme la France qui est si petite.
- Hou hou !
- 2 mois pour mon pays ça irait. Mais la Chine... il faudrait au
moins un an.
Et blablabla...
- Non, je ne peux pas... Ha ha !
-Et les chinois sont si sympathiques. Savez-vous, c'est l'année de
la Chine en France ! La SARS m'a obligé à quitter le
pays, mais maintenant c'est réglé, plus de problème.
C'est formidable ! Quelle efficacité !
Qu'est ce qu'on a ri !!! Pendant presque une demi-heure. Je n'y crois
plus. C'est foutu, j'ai envie de balancer des tomates pourries sur la
vitre... Mais je souris, je me prosterne... Avant moi, un francais d'origine
algérienne, au tempérament fougueux, s'est fait sortir par
la police lao. Il insultait la charmante dame qui ne voulait pas lui donner
de visa de transit et qui continuait à se bidonner. Oh la la...
qu'est ce que je vais faire ?
Et là :
- D'ACCORD. Je vous donne 3 mois. Mais c'est la dernière fois.
Si vous revenez encore, je ne vous donnerai qu'un mois. Na !
- Chie, chie... (merci, merci) Ouffoufouf...
[...]
A cette heure-ci, je ne crie pas victoire. Je crois possible qu'elle ait
pu me mentir pour se débarrasser de moi et sauver la face. Verdict :
le 31 décembre.
Bonne année !

Le monde est tout petit. (20 novembre 2003)
Dans ma librairie pref' de Bangkok, je
papote avec deux femmes, dont une japonaise. Elle me dit quelque chose
cette fille.
Et blablabla... On parle de visas, de frontières, de routes...
Elle est allée partout, c'est fou.
"Moi, je voyage à vélo...
blablabla...
- Huuuuuuuuuu ! (le son typique du Japonais étonné)
J'ai rencontré deux françaises à vélo à
Ispahan, il y a deux ans. Huuuuuuuu !
- Ouiiiiiii, je me souviens !"
Là on se la joue à l'américaine en poussant des
cris aigus et tout le monde rigole dans la boutique : "Yaouou ! Super !
Huuuuuuu !"
On passe l'aprem ensemble. Rendez vous au bord du Mékong où
le temps passe à siroter des bières glacées. Je
n'aurais jamais cru que 50 kgs de Japonaise pouvaient avaler une telle
quantité de houblon bien plus vite qu' un rugbyman Irlandais.
Etonnant non, madame Cyclopède ?
Rencontre de francais sympas aussi et c'est le moment de se quitter.
"Salut Kazuyo. A dans deux ans, à Ispahan !"
Plongeon dans la solitude retrouvée (20 novembre 2003)
Bruit des gravillons sous les pneus, bruit
des pédales, bruit de mes essoufflements. Une route minuscule qui
monte, qui monte... Pas une voiture, pas une mob, quelques vaches. Les
bambous géants crissent dans le vent, un insecte électrique
crisse. Je me sens forte - hmmmmm, enfin, presque. Je m'arrête
trempée comme après une douche, j'essuie la sueur qui me
pique les yeux...
C'est beau. A l'infini, des montagnes couvertes de forêts tropicales.
Sauvage.
Mais pas un grain de riz à se mettre sous la dent ! Noi m'invite
chez elle et me prépare un repas de reine mai pet (sans
piment), elle est pleine d'attention. Sa petite fille "Feuille de bananier"
n'ouvrira pas la bouche de la soirée, intriguée, apeurée
par la grande falang au nez rouge et aux cheveux jaunes.
A Sali, après une descente d'enfer sur une piste rouge comme le
central de Roland Garros, la police m'accueille. Chan, superbe, sourit
: "Lisbeth, I'm your bodyguard." Je rêve ! Ils tuent le poulet
et on se régale. C'est encore meilleur apres 80 kms de montagnes.
Je m'effondre sous la tente alors que mon bodyguard écoute
sa radio sous des milliers d'étoiles.
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